La fusion du CIF et du CPF n'est pas pertinente

Sabrina Dougados, Philippe Piccoli
AEF, décembre 2017

"L’objectif fixé par le gouvernement aux partenaires sociaux est de permettre aux individus de disposer, grâce au compte personnel de formation (CPF), d’un droit à la formation personnel et unique, accessible sans intermédiaire obligatoire. La liberté des actifs et leur autonomie seraient ainsi renforcées. Cette finalité et cet objectif méritent d’être discutés, de même que les moyens mis en œuvre pour y parvenir. L’ensemble de ces éléments soulèvent plusieurs questions.

L’INDIVIDU EST-IL LE MIEUX PLACÉ POUR CHOISIR SA FORMATION ?

Pour garantir un réel choix de formation, les bénéficiaires doivent disposer d’une information pertinente, complète et accessible. Au-delà de l’information délivrée, il est souvent nécessaire que les bénéficiaires soient accompagnés dans la construction de leur projet de formation. Les rédacteurs du document d’orientation ont vu juste en affirmant que la construction du parcours professionnel de chacun ne peut être permise qu’au travers du renforcement de leur accompagnement individuel. Le document mentionne à juste titre que le dispositif du conseil en évolution professionnelle est actuellement sous-financé. Ne faut-il pas dès lors renforcer prioritairement ce dispositif avant de lever les freins limitant l’accès à la formation via le compte personnel de formation ? À défaut, l’autonomie recherchée par les pouvoirs publics pourrait être limitée. La mise à disposition d’une application numérique permettant de connaître en temps réel les droits acquis, les formations accessibles et les offres d’emploi disponibles, ne sera certainement pas suffisante.

L’autonomie réelle des bénéficiaires implique également que ces deniers ne soient pas contraints dans leurs choix de formation. Deux principaux risques peuvent être identifiés. Le premier serait de voir le CPF absorber une partie des formations relevant de la responsabilité des entreprises. Le second serait de voir les structures chargées de l’accompagnement des demandeurs d’emploi envoyer ces derniers en formation dans le but de faire baisser les statistiques du chômage. Il est sur ce point regrettable que les pouvoirs publics aient une nouvelle fois fait état d’objectifs quantitatifs de départs en formation (1 million de demandeurs d’emploi de longue durée, 1 million de jeunes sans qualification), sans tenir compte des besoins du marché du travail, pas plus que de l’offre de formation disponible.

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